—Si l'on mesure l'étendue des jours réservés au roi sur son génie et sur ses bienfaits, répondis-je, je ne me plains pas, docteur: je vivrai longtemps!
Là-dessus je le quittai.
Malgré le trait courtisanesque lancé par Kellgren comme correctif à la fin de cette histoire, Gustave III était devenu soucieux, au point que chacun le remarqua. Ce qu'il y a de non moins étrange, c'est qu'à peu de chose près la prédiction de Weisleder reçut plus tard sa confirmation.
Sans tirer aucune induction de cette anecdote, celle qui suit, et qui fut contée à Monvel lui-même, qui se plaisait souvent à la répéter, prouverait que Gustave reçut, quelque temps avant sa mort, un avertissement non moins lugubre et aussi vrai.
L'armurier du palais était venu un matin, selon Monvel, trouver Gustave III dans son cabinet, au moment où le roi se faisait lire une tragédie par son lecteur ordinaire. Il lui avait apporté différentes armes; il allait sortir, quand le roi crut voir une boîte à pistolets sous son bras.
Gustave III demanda à qui l'armurier portait ces armes.
—À un gentilhomme suédois, enseigne des gardes de Sa Majesté, répondit l'armurier; son nom est Ankarstroem.
Le roi ouvrit sa boîte et toucha les pistolets.
—Mauvaises armes, reprit-il, canon trop court, gâchette rude. Et qui les a fabriquées?
L'armurier lut un nom allemand sur le canon.