—Écoutez, Monvel, dit Gustave en lui prenant affectueusement la main, écoutez une chose que nul n'entendra, excepté vous.

Monvel se rapprocha du roi avec une émotion involontaire; les lèvres de Gustave étaient agitées par un mouvement fébrile, sa main tremblait dans la main de son lecteur, et des éclairs sombres jaillissaient de sa prunelle.

—C'est lui! c'est lui! s'écria-t-il tout à coup en ayant l'air de suivre alors dans l'espace, quelque fantôme invisible.

—Qui? lui! demanda Monvel effrayé et ne trouvant autour de lui que le vide.

—Lui, Monvel, répéta Gustave; lui que j'ai vu déjà une fois pendant la diète de 1778[24] au pied de mon lit. Vous ne le voyez pas? Tenez! il a un pistolet, et il tient un masque!

Et le doigt de Gustave, étendu vers la tapisserie du cabinet, suivait l'étrange vision.

—Cet homme continua-t-il, en retombant accablé sur un siége que Monvel lui présenta, cet homme m'a parlé deux fois à travers ce masque de velours… Est-ce Éric Wasa[25], massacré par Christian? est-ce l'assassin inconnu de Charles XII? Dieu seul le sait; mais il m'a, cette nuit encore, répété les mêmes paroles:

«Roi Gustave, songe à ton salut éternel; nous sommes trois!»

Et là dessus, il s'est abîmé dans la muraille, au son d'une bruyante musique!…

* * * * *