La nappe était encore mise, Molé venait de déjeuner avec un ami; le fermier secoua la bouteille, il remplit le verre de Molé, ensuite le sien.
—Parguenne, m'sieu Molet, j'aspérons bian que nous n'boirons pas seuls. Vlà un vin de mine agriable, allais; croyais-vous que j' n'osons l'boire sans vous? Rian n'est pus vrai.
—Bois, bois toujours, dit Molé, qui ne s'embarrassait guère de faire attendre maître Jean et continuait à ranger ses livres en tournant le dos au rustre.
—M'sieu Molet, laissez-moi c'te joie, pardi! Allais, allais, on sait bian que vous n'êtes pas fiar! Si vous veniais cheux nous, j'vous coucherions dans eun lit qui est dans not' gregnier, un biau lit; quand ce serait pour le roi, laissais faire, il y taperait de l'œil!
—Laisse-moi donc un peu, je suis à toi dans l'instant!
—Vous avais raison. Qu' c'est biau ça les livres! Je leur préfaire cependant eune bonne omelette mis sur d'la cendre chaude… J'en ons fait eune l'aut' jour à m'sieu Monvel, et y s'en relichait les doigts.
—Monvel, dis-tu? tu connais Monvel?
—Hé donc, pourquoi point? I gnia pus d'un mois il est v'nu manger à la ferme, j'l'ons débarrassé de ses guêtres, c'est un bian brave homme! À c't heure-ci, c'est drôle! il est tout triste… On dit qu'ils ne le pernent plus chez eux, à la Comaidie… Comme si un sac de farine de plus avec queuques autres dans not' cour, ça frait grand mal! Vous m'excuserais, m'sieu, mais j'aimais ben cet homme-là!
Molé avait quitté ses livres, il était redescendu vite et vite de son échelle… Tout d'un coup il tombe dans les bras du fermier, il lui arrache son grand feutre et le serre longtemps contre sa poitrine.
—Monvel, cher Monvel!