Monvel eut à subir les reproches multipliés de son ami; il l'attendait de pied ferme, il aimait, il idolâtrait celle qui était devenue sa femme: cela lui donna du courage. Valville lui parut un Cléante fort judicieux. Ce fut tout.

Toutefois il n'osait demander des nouvelles d'Hippolyte. Il avait su, dès le premier jour de son arrivée, par Nivelon, que la petite allait bien. Nivelon ignorait seulement que ce jour-là même elle dût jouer à Versailles. Mademoiselle Montansier la protége, avait dit Nivelon à Monvel. Mais ce nom, qui devait devenir européen,—la Montansier!—n'était pas encore connu du père de mademoiselle Mars.

Valville poursuivit sa thèse tout en se promenant avec Monvel dans ces jardins, où soufflait alors une bise d'automne qui pouvait fort bien rappeler à l'ex-lecteur de Gustave III le climat de la Suède. Il représenta à Monvel l'énormité de tous ses péchés.

—À quarante-trois ans, lui dit-il, on ne doit plus être un enfant; rien ne t'excuse donc, et la mère d'Hippolyte a raison d'élever entre elle et toi des barrières insurmontables. Ce sera moi, moi seul, qui m'occuperai de l'éducation de ta petite!

Monvel regarda Valville d'un air courroucé; son seul désir était de remplir cet emploi près de sa fille; il regardait l'usurpation de ses droits comme un véritable outrage.

—Valville, dit-il froidement, non, cela n'aura pas lieu!

—Pourquoi?

—Parce que cette enfant est mon aînée, c'est ma perle, c'est mon trésor!

—Et ceux que tu nous ramènes?

—Ceux que je ramène, reprit Monvel avec feu, ne sont pas nés sur le sol français; mais Hippolyte Mars! y songes-tu, Valville, songes-tu à ce que la sorcière m'a jadis prédit?