—Mon cher Monvel, dit le roi, je vous présente la nourrice de mon fils; c'est une brave Suédoise qui descend en droite ligne de l'honnête André Péterson, qui défendit Gustave Wasa contre les meurtriers envoyés à sa poursuite par Christian. C'est dans nos montagnes, asile de la santé et de la paix, que j'ai voulu choisir la nourrice du roi futur, afin qu'il suçât avec le lait la vigueur de nos montagnards et leur vieil amour pour le pays.

—À propos de cela, demanda le roi, êtes-vous marié, êtes-vous père?

Monvel s'inclina, cette phrase avait fait passer dans ses veines un frisson de glace. La nourrice du petit prince était vêtue de l'élégant costume introduit par Gustave III lui-même dans ses États et qui tenait beaucoup des anciennes modes espagnoles. Ses grands yeux bleus étaient remplis de douceur et d'expression; il régnait dans toute sa personne un air de propreté, de délicatesse et d'enjouement.

Le petit prince apparut bientôt; il était né le 1er novembre 1778, juste un an avant Hippolyte Mars. Il portait une espèce de justaucorps gris-blanc, à manches fendues, une paire de bottes à la Charles XII, une épée à la dragonne, et des gants de couleur fauve. Le roi exigeait qu'il s'assouplît déjà à tous les exercices du corps; il habitait une partie du palais présentant tous les caractères de la solitude.

—Nous en ferons un Gustave-Adolphe, disait-il; il en a déjà le nom!

Le roi congédia l'enfant, et passa dans sa bibliothèque avec Monvel.

Elle ne contenait pas moins de vingt mille volumes et quatre cents manuscrits.

—Bien que je vous aie nommé mon lecteur, je vous fais grâce de tout ceci, mon cher Monvel. Beaucoup de ces livres font partie du pillage de la bibliothèque de Prague; je laisse à l'Université d'Upsal des curiosités d'autre nature. Vous y pourrez voir, par exemple, les sandales de la Vierge Marie et la bourse de Judas.

Monvel contint un sourire.

—Ah! j'avoue, à la louange de l'Université, que les professeurs qui vous donneront l'explication de ces raretés vous paraîtront un peu embarrassés de leur rôle. En revanche, on vous fera voir des manuscrits islandais qui datent de plus de huit cents ans. Mais, tenez, ajouta le roi avec un sourire gracieux, voici qui vous plaira plus: une comédie en trois actes et en vers, de 1777, dont l'auteur est, je crois, de vos parents. En vérité, vous n'auriez qu'un mot à dire pour le faire parler.