—Le cuistre! le bélître! criait-elle tout haut dans les coulisses en accablant d'injures le malheureux M. Jaurois; mais il n'a donc pas de cœur!

M. Jaurois tint de son mieux tête à l'orage, il était créancier de Dorvigny pour une foule de comestibles et de petits verres, et ce brave homme de Dorvigny n'avait pas eu recours vis-à-vis de lui à l'ingénieux expédient de Martainville[55].

On leva le rideau, Baptiste Cadet fit merveille; mademoiselle Mars dans le rôle du petit frère de Jocrisse fut charmante de naïveté.

Elle avait la queue rouge traditionnelle, et pendant que Baptiste Cadet entamait victorieusement le personnage de Jocrisse, le successeur de Jeannot[56], dans les sympathies du parterre, Hippolyte Mars, à peine âgée de quatorze ans, laissait tomber de sa jolie bouche enfantine les phrases suivantes:

«Ma mère, y a-t'un beau monsieur à la porte qui dit comme ça qu'i demande après la portière.»

Et celle-ci: (après que Jocrisse lui a proposé de lui donner du fromage:)

«Et du pain, donne-m'en!»

Ce à quoi Jocrisse répondait:

«Comment, tu ne sais pas parler à ton âge; on dit: du pain, donne-moi-z'en. »

Tel fut le premier français qui sortit des lèvres d'Hippolyte Mars; l'on voit quelle distance il y avait de là à celui de Molière!