Cependant elle joua Colin, ni plus ni moins que si elle eût joué Célimène. M. Jaurois lui-même qui représentait Dorvigny parut satisfait.

Baptiste cadet l'embrassa.

En 1822, époque à laquelle ce comédien se retira, mademoiselle Mars avait joué déjà soixante-huit rôles![57]

Le Désespoir de Jocrisse n'obtint pas à ce théâtre un moindre succès que celui de Robert, chef de brigands, joué par Baptiste aîné.

Cette pièce, au sujet de laquelle notre mémoire nous fournit, une page plus bas, une anecdote faite à coup sûr pour surprendre bien des gens, commença la réputation de cet acteur applaudi plus tard à des titres plus dignes à la Comédie Française.

Le sujet de Schiller, les Brigands, n'a rien de commun avec cette pièce où Baptiste aîné produisit un grand effet.

L'étude de cette conception profonde, inouïe nous mènerait trop loin, et cependant, chose bizarre! il devient impossible de ne pas songer devant ce singulier mélodrame, boursoufflé de phrases et lardé de coups de couteau.

Schiller vivra par le seul type de Moor. Rien de plus révolté, de plus sublime ne s'est produit. Cette tragédie, sauvage comme un site de Salvator, subsiste si belle qu'on dirait d'une large et ineffaçable peinture. Donnez à Frédéric Lemaître un cheval comme au roi Richard, jetez-le, perdez-le sous le nom de Moor au milieu de ces cohortes sacriléges où le doute est roi, où le crime devient blason, faites descendre sur son front la pâleur comme un linceul, couronnez ce front de l'auréole sanglante du héros de Schiller, vous verrez après quel drame surgira!

Drame immense, sévère, courroucé, impétueux! Aujourd'hui Moor crierait contre les pirates et les écumeurs littéraires, contre les marchands qui se cotisent pour acheter à bas prix un pauvre auteur, le vendre, le revendre jusqu'à ce qu'il soit démonétisé sur place! ces gens-là volent l'intelligence avec un traité, ils la gaspillent, ils l'égorgent: Moor se contentait d'assassiner les passants!

Outre Baptiste cadet la troupe de mademoiselle Montansier comptait encore dans son sein des hommes tels que Damas et Caumont, des femmes telles que mesdemoiselles Sainval.