« ô la forêt !

« Il y a trop de lions

« pour les chevreaux et les génisses.

« La forêt,

« ô la forêt !

« Il y a des vers sous l’écorce des arbres. »

Le soleil avait cessé d’être visible et le crépuscule coulait sur les pentes frisées des monts. Du large de la Grande Clairière où pâturait le bétail du maître, le troupeau des bœufs et des vaches remontait vers le gourbi des bergers et le vaste enclos d’épines de jujubiers sauvages qui, selon la coutume montagnarde, constituait la seule étable. Il remontait lentement, se conduisant lui-même au lieu du repos accoutumé. Des taurillons jouaient entre eux, les fanons humides du dernier abreuvoir dans la rivière. Le roi du troupeau, le petit taureau gris à crinière noire, s’avançait isolément ou s’arrêtait pour répondre aux autres taureaux des troupeaux indigènes, disséminés dans la contrée, et dont le mugissement mélancolique errait à travers l’épaisseur des bois. Par intervalles, les mugissements s’exaspéraient, muaient en appels brefs aux sons de trompes d’alarme, puis devenaient des sortes de rugissements pleins de menace et de fureur combative.

— Certainement, il se battra cette nuit encore, dit le berger.

Il offrait à l’Enfant une tasse de terre brute que remplissait un lait fumant et répétait :

— Certainement, il se battra cette nuit… Jusqu’à la mort…