L’Enfant dévisagea celui qui avait amené le chien, Draïdi, l’audacieux, le rebelle et le félon. Alors, elle ne voulut pas mourir devant ces deux-là ! Le corps arqué, dans un effort tragique, à pleines mains elle reprit les ronces pendantes.

Soudain son buste se dégageait de la gangue de pierre, d’argile et d’eau. Miraculeusement, elle s’arrachait à la sinistre emprise, se retrouvait sur le bord.

De ce miracle, le gamin vindicatif eut une si irrésistible peur qu’il s’enfuit entraînant son comparse.

L’Enfant voulut reprendre le chemin du logis. Elle avait subitement froid dans ses membres gourds et douloureux. Elle s’appuya contre un rocher, le contourna difficilement.

A ses pieds, il y eut un grognement féroce et un bondissement forcené. Au large, mais manifestant l’évidente intention de revenir, une hyène cahotante, hargneuse, inquiète et intimidée, se ramassait et retroussait les babines.

L’instinct du chasseur et du forestier secouait déjà l’Enfant grelottante. Elle fixa l’hyène à la dure crinière hérissée parmi le poil beige et grisâtre. Celle-ci ne détalait pas suivant l’habitude de son espèce. L’Enfant sauvée des eaux avait-elle à ce point l’air chancelant et misérable que la bête poltronne osât l’affronter ?

L’hyène se mit à grogner doucement. Ses yeux, éblouis de lumière, clignotaient vers la base du rocher. L’Enfant suivit la direction de ce regard, écarta les ronces et les graminées, et vit trois petits d’hyène dormant dans le tranquille repaire.

Devant son geste, la mère eut un hoquet d’angoisse et de menace, prête à bondir. Mais voici que son courroux s’apaisait et qu’elle se rapprochait, comme rassurée par la fraternité tacite de la forêt et du tête-à-tête avec une créature pitoyable, sans armes ; tout cela, parce que, sans la quitter des yeux, l’Enfant refermait les herbes et les lianes au-dessus du berceau des fils de la méprisée.

Et près du nid de l’hyène domptée, l’orgueilleuse pleura à cause de la haine de Draïdi.

Dans une robe de laine arabe, blanche et molle, posée comme un pigeon au rebord d’angle des terrasses, l’Enfant regardait passer le bref et modeste exode de la famille de Draïdi. Deux mules, sur le bât desquelles s’enroulaient des tapis formant un nid profond, portaient les deux plus jeunes épouses du père avec un dernier-né vagissant. Sur une autre bête, la première femme, vieille, mais vénérée étant la mère de Draïdi, avait pris soin de s’entourer des plus précieux objets de la famille ; petits coffres peinturlurés où l’on renferme les bijoux barbares et les foulards de soie des coiffures, longs coussins tissés qui servent de sacs et contiennent la garde-robe féminine, les gandourahs roulées et les bernous du seigneur. Deux ânes, poussés par un serviteur, étaient chargés du reste des bagages, les piquets de la hutte, les outres et les nattes, et, sur son maigre cheval dansant, le père avait pris le fils en croupe.