Durant trois nuits sans sommeil, l’Enfant, au désespoir impuissant et farouche, considéra l’œuvre de destruction. Elle éprouvait une détresse et une lassitude mortelle comme si chaque chêne, en s’écroulant, lui eût rompu le cœur et les membres.

Le vent cessa.

A la fin, il sembla que l’incendie épuisait aussi sa fureur. Des parties profondes brasillèrent encore un peu. Et ce fut tout.

De la forêt vierge aux taillis innombrables, il ne restait plus que les cendres d’un foyer éteint.

Parmi tant de douleur et dans l’immensité de ce désastre, une joie suprême : le retour du maître. Il avait vécu les journées du sinistre dans la maison des gardes, et, revenant à travers l’étendue ravagée de son domaine, il en évaluait l’irréparable destruction.

Sur les cinq cimes où s’allumèrent les cinq foyers de l’incendie qui devait dévorer plusieurs milliers d’hectares, on retrouva, calcinées, avec leur mèche de mousseline tordue aboutissant à un tas de feuilles sèches, cinq boules de chiffons pareilles à celle que l’Enfant vit entre les mains de Draïdi.

C’est le procédé familier aux incendiaires et qui leur laisse le temps de gagner au large, car la boule de chiffon se consume lentement.

L’Enfant ne dénonça pas Draïdi. Aussi bien, lui et les complices de son geste avaient disparu. Peut-être le feu, dont les proportions gigantesques dépassèrent tout ce que l’on eût pu prévoir, fit-il justice des misérables. Quant à elle, elle ne considérait que l’évidente volonté du destin, puisque, le matin de la mauvaise rencontre, elle n’avait pas même été tentée de s’emparer de ce petit tas de mousseline d’où l’horreur incommensurable allait sortir.

— Que cette cendre soit celle des os de Draïdi, le fils de la malédiction, murmurait la souveraine sans royaume en laissant filtrer entre ses doigts la poudre de la forêt morte.

Les pentes sont nues et noires où moutonnaient les frondaisons.