Dans le fond sombre d’une cellule, la face ivoirine d’un taleb[3] émerge, s’absorbe sur des feuillets épais, manuscrits à l’ancre brune, alternée d’encre verte, jaune et rouge ; les commentaires du Koran tracés par le fin calame de roseau d’un lettré de la Mekke.
[3] Lettré.
Et ce sont encore les échoppes où les Marocains et les Soudanais découpent et brodent l’odorant « filali »[4], pour les harnais des étalons de guerre et de fantasia, les bottes rouges des chefs, les coussins où se plaît le repos des femmes.
[4] Cuir rouge et souple.
Des ânes montent et descendent chargés de sacs de céréales ou de couffins débordants de légumes. Des porteurs d’eau, la cruche de cuivre à l’épaule, font retentir l’anneau de fer des portes. Le froc suintant d’un marchand d’huile, effleure les passants. Des Musulmanes circulent pour des achats et des visites, avec un visage uniforme, le visage du voile d’épaisse mousseline blanche qu’éclaire le regard anonyme, provocateur ou langoureux des yeux ombrés. Le cliquetis des anneaux d’argent se mêle au craquement de chaussures neuves dont le vernis luit.
Et des hommes, assis sur les larges bancs des cafés, ou errant en quête d’aventures, invectivent des enfants qui se bousculent avec des chiens rageurs, des chats en fuite…
Noura et son amie s’arrêtèrent devant une porte basse. Leur compagnon les quittait.
Sur les deux femmes, une cordelette tirée par un poids de pierre referma la porte entr’ouverte.
Des escaliers sinuaient dans l’ombre. Sous le rectangle d’une meurtrière, dans un trou lugubre comme un in-pace, on distinguait une créature accroupie, roulant dans un plat noir une farine grise.
— Une abandonnée, expliqua la Mâlema. Sa cellule est trop étroite pour qu’elle puisse complètement s’y étendre.