Les escaliers gravis, elles furent dans une chambre lumineuse. Deux veuves l’habitaient. Anciennes élèves de l’Amie, elles vivaient en brodant des carrés d’étamine, sans valeur grande et qui plaisaient aux touristes Anglais et Teutons.
Elles accueillirent Noura d’une amabilité à fleur de lèvre, peu communicative, à peine curieuse. Cependant elles aimèrent l’entendre parler leur langue et la questionnèrent sur son pays, légèrement, sans envie de le mieux connaître, satisfaites de leur horizon blanc et bleu sur la ville et la mer, à travers la fenêtre taillée en ogive.
Elles trouvaient Noura très belle à cause de ses yeux gris sous les cheveux sombres.
— N’est-elle pas mariée ? disaient-elles. Et pourquoi ? Les jours après les jours prennent doucement sa beauté. Elle les laisse voler des joies à celui qu’elle aimera.
Noura devait entendre souvent exprimer cette pensée ; car, en Islam d’Afrique il n’est qu’un devoir féminin, l’amour, et celle qui le néglige ou s’en détourne est coupable ou folle.
Les femmes s’entretenaient avec la Mâlema ; mais on sentait dans leur causerie une sorte de retenue qui provenait de la présence de Noura. Leurs paroles étaient lentes et douces d’affectueuses métaphores.
— Elles vous aiment, remarquait la jeune fille.
— Autant qu’elles peuvent aimer et il y a longtemps qu’elles me considèrent comme étant presque des leurs.
— Vous avez fait beaucoup pour elles.
— Ce que j’ai pu.