Noura, intuitive perçut cette hostilité.

La Mâlema présentait la jeune fille.

— C’est une nièce de Fatime, fille de Bou-Halim, prince et agha, au delà des montagnes du Djebel-Amour. Fatime est noble, de lignée illustre et religieuse. Elle a été mariée avec un colonel français. Voici Noura Le Gall, mon amie.

L’accueil se fit chaleureux, d’égales à égale. Mais la vieille beauté ne changea pas d’attitude parce que la tante de Noura avait commis un péché, renié les devoirs de son rang et de sa foi en épousant un infidèle malgré la défense que le Koran fait aux filles d’Allah.

Une jeune femme s’assit près de Noura. Et ce furent des questions. Sa tante avait-elle été heureuse ? Etait-elle restée musulmane ? Préférait-elle la France à son pays ? Et combien de cavaliers avait l’agha Bou-Halim ? Les réponses alternaient. Fatime Le Gall avait été heureuse dans l’amour et la paix sous le toit de son mari. Sa religion reconnaissait toujours Allah et elle parlait du Djebel-Amour, des champs d’alfa, de l’horizon de sa jeunesse sans regret et sans désir. Le goum de Bou-Halim était nombreux. Sa fille se souvenait des fantasias des cavaliers, mais leur préférait le galop du cheval de son époux.

La jeune femme dit naïvement :

— Si ta tante vient une fois, tu la conduiras ici pour que nous la voyions.

Elle était curieuse de cette princesse du Sud apprivoisée à l’exil.

Une des visiteuses fit cette supposition :

— Elle doit ressembler à la femme du commandant que j’ai connue. Elle voulait si bien faire croire à son mari qu’elle était devenue française qu’elle ne daignait plus regarder les Musulmans.