Du café circula dans de fines tasses pointillées d’or ; puis, une confiture de pétales de fleurs d’oranger.
Des saluts répétés accueillirent de nouvelles venues. Noura et la Mâlema se retirèrent et se retrouvèrent dans le caprice des ruelles.
La jeune fille résumait ses impressions premières.
Elle souffrait un peu d’avoir, à la faveur de ce simple effleurement d’un monde à conquérir, compris le silencieux dédain, l’amabilité superficielle, comme une forme polie de l’indifférence ou d’un intime et irréductible éloignement.
— Ces femmes sont intimidantes, dit-elle. Elles ne se livrent pas. Elles semblent spontanées et restent bardées de dissimulation.
— C’est assez exact. Elles n’ont le plus souvent qu’une apparence de confiance affable et des retraites brusques de chats indépendants qu’on caresserait à rebrousse-poils.
— Elles comprennent mal l’expression de notre sympathie. Même si notre geste leur plaît, elles se défendent, dirait-on, de l’accepter entièrement. Pour les émouvoir et les prendre, il faudra…
— Beaucoup de tact, de souplesse et de fermeté. Vous saurez agir ainsi, car vous avez un sens très net et très aigu des caractères, un pouvoir d’impressions promptes et subtiles. Le danger sera si ces qualités sont dominées en vous par l’enthousiasme trop grand de l’œuvre entreprise. Il est imprudent de ne considérer que le but ; on ne voit ni n’évite les accidents du chemin.
Devant l’antre d’un forgeron Kabyle, un chacal édenté et nostalgique risqua un glapissement qui grelottait, peureux, une plainte vers le maquis natal où mouraient les bœufs et les chèvres, où l’hyène hoquetait la nuit.
Noura posa ses doigts sur la rude fourrure. Le chacal frissonna, méfiant, et se réfugia dans l’obscurité.