Les Dieux sont sourds. L’Humanité le sait. Elle ne dénombre plus les planètes mortes, les soleils éteints, les âmes enfuies, les corps dissous. La voix de la révolte, la clameur désolée ne couvre pas le chant terrible et doux de la Mort en marche… Elle vient au printemps sans que l’émeuvent les promesses de l’été. Elle vient en été sans entendre les désirs de l’automne.
Elle vient…
Oureïda dormait… Dans ce sommeil elle commençait à mourir.
Noura se pencha, cherchant avec angoisse le souffle léger, puis elle s’assit au bord des tapis sur lesquels reposait son amie et des larmes creusèrent ses joues.
Mais Oureïda ouvrit les yeux. Elle ouvrit les yeux, vit le muet désespoir des femmes de sa maison, l’angoisse de sa mère. Elle sentit les pleurs de Noura sur ses mains… Elle eut cet intraduisible sourire de ceux qui savent et qui acceptent.
— Tu es venue, ô Mâlema, et tu pleures. A quoi cela servira-t-il, je te prie ?… — Elle ébauchait un geste de lassitude. — A quoi sert la science puisqu’elle n’empêche pas de mourir ?…
Elle reprit lentement :
— Le ver qui me rongeait la poitrine a fini… Vous fermerez mes yeux avec des caresses… Vous me laverez doucement. Mes longs, longs cheveux, vous les dénouerez et vous les laisserez dénoués pour qu’ils m’enveloppent dans le tombeau. Vous me mettrez les bijoux des jeunes épousées, la robe neuve de brocart mauve et, sur ma tête un seul foulard aux franges d’argent…