Mouni les mains croisées sur sa gorge battante, le visage haut, extasié dans le soir, paupières closes, lèvres entr’ouvertes, sent passer en elle le frisson du baiser de Claude Hervis, ce premier baiser qu’elle rendra à un autre peut-être, mais qui ressemblera au sculpteur.
— Je veux un chrétien-musulman, répond-elle.
Le rire de la Soudanaise éclate.
— Un homme pour toi seule, un chrétien ! Il y en a ici. Choisis celui qui n’a pas encore d’épouse. Tu seras à lui seul peut-être, et lui confondra ton parfum avec ceux des Amourïat. Il faut aux bras des femmes plusieurs anneaux, qui soient leur bien légitime et qu’elles transmettent à leurs filles. Il faut plusieurs épouses à l’homme fort et généreux et qu’elles soient les mères légitimes de fils innombrables. Les trois épouses de Cherïef-Soltann t’aimeront, ma fille ; il n’y aura pas de querelle entre vous : Cherïef-Soltann est juste et fait à chacune son droit d’amour.
Elle poursuit avec enthousiasme :
— Nous verrons la magnificence des fêtes. Elles dureront longtemps. Le dernier jour sera le plus beau. Je vois… Regarde avec moi… Tous les cavaliers sont dans la plaine. Quel émir réunit de plus beaux chevaux ! Salut ! Ils attendent la chamelle blanche qui porte l’épousée. Elle vient… Cherïef-Soltann, — sur lui le bonheur ! — a donné pour la chamelle des khelkhal d’argent et des boucles d’or, afin qu’elle soit digne de son fardeau. Le bassour[43] oscille comme aux battements du cœur amoureux. Les nègres esclaves entourent la chamelle. Ils la conduisent avec une chaîne de grand prix. Une escorte protège le bassour bienheureux… Où donc est celui qui veut l’épousée ? Par Dieu ! Le voici qui galope à la tête de son goum. Il livre bataille. L’escorte et les nègres sont terrassés. Ils demandent grâce au nom de la félicité prochaine. La chamelle se couche. Déjà le vainqueur a déchiré les voiles du bassour empanaché de longues plumes. Il saisit Mouni, la jette sur sa selle et l’emporte au galop de son étalon !… Aaâh !…
[43] Palanquin.
La petite princesse raillait :
— Cherïef-Soltann sera bientôt trop vieux pour l’enlèvement de la mariée.
Le lendemain, la petite princesse pleura…