— O Mouni, disait Bou-Halim, ma fille Mouni, entends ceci. Cherïef-Soltann, — Allah le récompense et le fasse victorieux ! — te veut, et moi je veux te donner à lui.

Mouni cambre sa mince stature orgueilleuse.

— Je n’aime pas Cherïef-Soltann, ô mon père, et je ne peux lui appartenir dans l’indifférence.

— Que fait cela ? Il suffit que tu sois soumise. Tu seras sa femme.

— Non. Par ta tête et mon cou !

Le vieux seigneur soulève ses paupières molles. Il considère l’audacieuse, cette

Petite beauté musulmane parée

De ses sauvages trois colliers,[44]

[44] Lucie Delarue-Mardrus.

sous la draperie orientale et les parures, il voit sa révolte et la rébellion de la civilisée. Il sent en lui le déchaînement subit des rancunes muettes et la revanche des concessions faites. Cela le domine et cela est dominé par son âpreté au gain, sa soif et son besoin de richesse. Un grain du chapelet s’écrase entre ses doigts. Sa main s’érige sacerdotale et puissante ; en s’appesantissant sur la tête de l’enfant cabrée, elle vaincra aussi l’esprit roumi qu’il permit à cet enfant de connaître.