— Le châtiment sur toi, Mouni, pour ton audace ! Avant le Mouloud[45] par notre seigneur Mohammed, tu seras à Cherïef-Soltann.

[45] Fête de la naissance du Prophète.

Mouni arrache ses colliers dont les perles s’éparpillent.

— Jamais !

La pensée, le souvenir de Noura l’enlacent et l’étreignent. Ah ! la liberté, la douceur de la maison bleue dans la ville haute ! Comment les a-t-elle quittées pour un caprice et un chagrin de son cœur passionné ? Marchera-t-elle sur ses désirs ardents d’adolescente, sur l’espoir incertain et tenace d’un accomplissement avec Claude ou quelqu’un de semblable à lui ? Encore, si l’homme qu’on lui destine était jeune, séduisant, vigoureux ; mais cette barbe grise…

Elle jette en avant ses mains ouvertes, crispées, dans un geste d’horreur et de dénégation éperdue. Et, dans un sanglot :

— Jamais… Je veux m’en aller, revoir Noura. Plutôt que d’être à Cherïef-Soltann, je le tuerai, comme Zorah tua son mari. Oh ! Noura !…

— La malédiction sur Noura Le Gall ! Elle ne te connaîtra plus.

— Je ne suis pas ta prisonnière, ô mon père.

— Tu te trompes. Tais-toi et obéis.