— Le consentement est mauvais qui se donne avec des larmes. Et j’ai réfléchi. Je te dis ceci, ô Bou-Halim, mon frère et mon ami. Il sied mal à mon âge de prendre une jeune épouse pour, au lendemain des noces peut-être, l’abandonner avec les vieilles femmes et la tentation. Des agitateurs bougent dans les territoires au sud du Figuig. Des harkas montent avec les Berabers. J’irai avec les Français qui les attendent. Je connais le pays ; je servirai contre les aveugles forcenés et leurs merabtine ambitieux. J’ai parlé. Mes actes seront les frères de mes paroles…

Quand Cherïef-Soltann fit ses ablutions pour la prière de l’acha[46] il murmurait :

[46] Dernière prière.

— Honte à l’homme qui fait pleurer les femmes, qui leur fait répandre les larmes de l’amertume ! Celui-là mérite que sa mère elle-même ne pleure pas sur son cadavre.

Puis il dit à sa plus jeune épouse :

— Dénoue tes foulards, ô Nedjma, répands tes cheveux plus longs que la crinière des chevaux du Hodna ; je veux dormir dans tes cheveux.

— Enfant, enfant, êtes-vous responsable de l’accomplissement des destinées ! La tâche des précurseurs, de tous les apôtres prêchant les naissantes doctrines fut pénible et décevante ; mais ceux qui viennent derrière eux poursuivent et achèvent.

— S’ils ne détruisent pas, Amie.

— Non, Noura, car le temps doit faire son œuvre de progrès selon la pensée humaine et la loi sublunaire universelle. Tant pis pour les hommes qui sont les bons retardataires si, jour après jour, les vieilles poésies meurent et si des formules de calme bonheur se perdent… Chère, voyez les chefs qui mènent des pionniers vers le danger des inconnus immenses. Ils subissent les désertions et les morts, mais c’est le deuil de la veille qui achète le triomphe du lendemain.