Dans l’agreste solitude du jardin vierge, autour de la villa turque, l’Amie endormait le mal, pansait la plaie vive de la petite Mâlema. Elles remontaient d’un creux ravin où pullulaient des lierres, où, dans la vasque naturelle de son rocher, une naïade oubliée pleurait pensivement l’eau de sa source aux capillaires.

— Ah ! fit Noura, pourvu que Mouni revienne tout sera bien. Elle ne m’a pas encore écrit. J’ai peur qu’on la retienne contre son gré. J’ai peur, — et c’est atroce, — qu’on la marie là-bas.

— Et si elle agréait ce Bédouin ?

— Impossible ! elle se vouerait à une horrible torture, elle que j’ai façonnée à notre image. J’ai eu le temps pour elle. Mouni n’est pas restée une Arabe comme l’était Richa ma « petite plume ».

— Croyez-vous ? D’après ce que vous m’avez conté, je la trouve bien arabe, dans sa passion, sa dissimulation et sa naïveté en ce qui concerne son amour pour Claude Hervis. Si quelqu’un sait l’aimer selon son désir, elle trouvera le bonheur même aux champs d’alfa et loin de vous.

— Cela ne peut-être, Amie. Et je répète que le danger et la souffrance pour la plupart de celles que nous instruisons, c’est d’être livrées à des hommes, à des familles figés encore dans les anciennes ténèbres. Il faut que soient dissoutes ces ténèbres…

Une vaste lumière éblouit la mer.

L’extrémité d’une allée de cyprès domine le panorama absolu de sérénité.

Noura laisse son amie regagner seule la villa où elles se reposent dans le bon silence ou la persuasion qui émane des choses vivaces, transformées, éloquentes.

Noura contemple le paysage.