La mer jadis ridée par les barques phéniciennes, les rames des galères latines, l’étrave des bateaux corsaires et des navires des reïs, porte à présent des paquebots internationaux. Les uns emmènent les fervents vers Djeddah et la Mekke, d’autres débarquent toute l’Europe sur le rivage nord-africain.

Et parmi les verdures où pointent les cônes des cyprès turcs, l’indolence, l’esprit d’imitation ou le goût perverti des Arabes, habitent des logis sans style, encombrés de laideurs européennes, tandis que l’esthétisme de l’Europe fait surgir de neuves maisons mauresques.

Ne pourrait-on voir en cela un signe de la fusion future des races consentantes ? L’une serait-elle absorbée par l’autre ? L’Europe par l’Islam selon les prédictions de Claude Hervis ; ou les deux éléments se fondraient-ils pour cette nouvelle race africaine que le Mahdi affirmait exister et devoir grandir ?…


— A quoi songez-vous, Noura ?

— C’est vous, Mahdi ? Je songe à ma conquête. J’aimerais savoir quand et comment elle s’achèvera.

— Vous l’avez peut-être mal entreprise. J’userai de métaphores : écoutez. D’une orientale mélopée, vous vouliez faire un morceau de genre, hardi, élevé, sérieux, où détonnaient d’impossibles accords. Les violons ont pleuré…

— Ne chanteront-ils jamais ?

— Ils chanteront, mais une rapsodie mieux appropriée à leur caractère que votre sonate.

Noura joint les mains sur ses genoux ; elle tourne son beau visage affligé vers le ciel éclatant.