— Ceux qui dorment n’existent pas. Guerre à l’hébétude et à l’inertie ! Pour tous les peuples et pour tous les hommes, le droit à la vie de virtuel doit devenir effectif.
— Et si conquérir ce droit effectif mène à la mort ?
— Pour avoir ouvert les chemins, vous n’êtes pas coupable des accidents. Je vous connais, Noura, vous vous croyez chargée du sang ou des larmes de toutes les victimes. Je dis moi, qu’avoir développé le pouvoir de souffrir est déjà une victoire. Et la grande paix viendra après les batailles. Pour ceux qui s’y renferment et qu’on laissa s’y renfermer l’obscurité se fera pénible. L’orgueil superstitieux sera ruiné ; la noble et intelligente fierté dominera tout. La belle œuvre franco-islamique s’accomplira. Même au Maroc ; les champs lourds d’armes enterrées, éventrées de nouveau, luiront d’autres fers, le fer des charrues et des houes défrichant les terres pour la multiplication du pain !
— Ah ! s’écrie Noura en saisissant le jeune homme par les épaules, merci à vous ! Vous êtes bien réellement le Mahdi, le messie qui sauve, console et persuade. Vous venez de faire un miracle ; je vais reprendre ma tâche ; mais…
Il la comprend et, délicat comme un frère, tendre comme un ami amoureux :
— … Mais tandis que vous rassemblerez votre troupeau avant qu’il ait oublié vos premiers gestes, j’irai vers les Grandes Tentes ; je saurai si « votre enfant » est heureuse, sinon, dussé-je l’enlever, je vous la ramènerai.
Et celui qui veut la renaissance de l’Islam soutenu par la France, et celle qui voudrait mettre des cœurs gaulois dans les poitrines musulmanes, marchent du même pas sous les cyprès…
Encore, la koubba de Sidi Brahim rutile intérieurement et retentit. La fête est pour un nouveau-né, le fils de Louïz.