La belle-mère reprend :
— Djénèt est morte à cause de sa folie. Nous l’aimions, mais elle ne comprenait pas nos cœurs. Elle a voulu tuer l’enfant qui bougeait en elle. Elle s’est tuée avec lui. Cela était la volonté de Dieu.
La jeune femme hoche la tête d’un air entendu.
— Djénèt était sans esprit. Pour moi je ne donnerai pas d’enfants à mon mari. Il est vieux et hier je lui ai dit : — « Je te regarde mourir un peu tous les jours. Quand tu seras fini, j’épouserai un jeune homme et alors j’enfanterai. » — Il ne répond rien. Il m’aime.
Noura s’enfuit, le cœur broyé de douleur et de dégoût. Quelle angoisse est la sienne ! Où marche-t-elle ? Des pierres tombales marquent les étapes… Lella Fatime, Oureïda, Djénèt… Lella Fatime repose au seuil du désert, dans une koubba fanatique. Sur le sommeil d’Oureïda pèsent le marbre uni et les faïences claires. Là-bas, dans la plaine gonflée de blés et d’orges, les chiens affamés du douar, creusent la terre remuée et, comme des chacals, la nuit, dévorent le cadavre de Djénèt…
Noura a regagné sa maison sans se rendre compte de ce qu’elle faisait. Elle se sentait écrasée par le ciel sauvage et rouge du soir, ensevelie par la route pulvérulente. Des mains blanches, squelettiques, se jetaient à sa rencontre. Des intonations de voix lointaines et des expressions de figures défuntes la poursuivaient. Elle entendait l’accent de Claude Hervis.
— O sacrilège…
Et ce qui sanglotait en elle, dans l’égarement de son âme déchirée, murmurait :
— Des larmes, des larmes, du sang et des larmes, rançon des farouches victoires…
Puis, son sanglot balbutia :