Elle s’exalta :
— O mes sœurs musulmanes aux couleurs chaudes et soyeuses, ne souhaitez pas vos ailes grises, ne souhaitez même pas vos ailes dorées ! Pardon d’avoir voulu vous en donner. Je ne vous tenterai plus. Je n’ai pas su vous garder de la détresse en rêvant pour vous un autre bonheur. Et je vous ai vainement aimées, car vous n’avez pas compris mon amour. Où trouverai-je le pardon et l’oubli de mon erreur ?
Et c’est la voix persuasive :
— Il n’y a pas d’erreur, Noura. La victoire entière n’est que différée. Elle est déjà payée par des morts et par vos larmes ; elle sera. Le temps viendra pour toutes les chenilles d’avoir des ailes et mieux vaut un jour d’envol dans l’air pur, qu’une année dans la poussière ou la boue des chemins. Nous donnerons à nos papillons des ailes vertes qui les porteront longtemps…
La voix et les paroles s’épanchent sur la douleur de Noura, comme une source fraîche dans la désolation des steppes arides…
Mouni
Malheureuse la main qui t’enleva aux champs d’alfa pour t’initier à d’autres choses, choses décevantes et fatales qui engendrent trop de rêves et chassent les résignations !
Malheureux ceux qui troublèrent ton cœur ancien, le cœur de tes frères aux longs manteaux…
Du moins si ton martyre pouvait sauver de notre zèle une multitude !…
Le chaos des roches dépecées par le vent, déchiquetées par les pluies, crevées, éventrées par les ouad-torrents, égratignées par l’ongle des rafales.
Puis, l’horizon inouï et, sur les palmeraies, le ruissellement splendide des lumières. Les traits d’ombre bleue, les brumes violettes qui striaient un espace fauve et pourpré se précisent, deviennent des oasis vivantes, dans la steppe plate et sans détours.