Mouni assoupie au creux de son bassour, le grand palanquin voilé de souples haoulis[50], empanaché de plumes d’autruches, Mouni se réveille, s’appuie sur Rhadra, son esclave-amie et écarte les tentures. Elle voit le paysage du nouveau désert où elle pénètre et sourit mystérieusement.

[50] Sorte de couvertures.

Depuis des jours, entre chaque halte, elle voyage ainsi au pas mou et régulier de la chamelle claire.

D’autres palanquins sur des dromadaires la précèdent et la suivent, avec des femmes de la zmala, des servantes ou les épouses des cavaliers qui font escorte à Ferhat el Hadj, mari de Mouni.

Et la caravane fastueuse, archaïque et lente, ayant quitté les champs d’alfa, la hamada pierreuse, descend vers les puits jaillissants de l’Oued-R’hir, le mirage des Chotts et les sables ardents du Souf.


En vain, quand l’agha Bou-Halim avait quitté les maisons de terre pour les tentes de poil, en vain Mouni avait cru la paix revenue, tout danger écarté avec le départ de Cherïef-Soltann. Elle ignorait le noble refus du vieux guerrier ; elle croyait à l’indulgence de son père ou tout au moins à un délai.

— Les noces seront quand Cherïef-Soltann reviendra, disait la Soudanaise.

Mouni se flattait d’avoir obtenu sa libération et revu Noura avant ce retour.

Elle avait écrit ; mais la zmala entière était complice de Bou-Halim et, froidement, Bou-Halim avait détruit les lettres.