Alors un pèlerin vint d’un autre sud, un « djouad »[51] qui était riche et allié aux zaouïas puissantes. Il fit un pèlerinage en Oranie, à la koubba d’El-Abiod-Sidi-Cheikh et passa par la zmala en regagnant son pays de l’Est.

[51] Noble.

Il resta longtemps. Bou-Halim connaissait sa famille et ses richesses et, un soir où Mouni priait l’agha de la laisser repartir, celui-ci répondit :

— Vraiment, ton désir se réalise, ô ma fille. Tu partiras, avant la nouvelle lune, avec ton époux Ferhat El Hadj…


Que font les cris à ceux dont l’oreille veut être sourde, ô Mouni !

Que font, à celui qui désire, les yeux meurtris, les lèvres tremblantes et le cœur révolté pourvu que son désir s’apaise à la source souhaitée où il voit transluire la volupté !

Les femmes disaient trop que tu étais frémissante et belle plus qu’aucune fille du Djebel-Amour, et vierge. Elles le disaient trop ; ainsi Ferhat El Hadj le savait…

Et ce fut le jour où les fusils crachèrent toute leur poudre à la face du ciel, le jour où tant de chevaux galopèrent, envolés comme des oiseaux dont les ailes seraient des lambeaux de soie, gonflés de vent comme les voiles des felouques.