La zmala hurlait d’allégresse, trépidait d’enthousiasme parmi le vacarme des détonations et des musiques infernales ; elle hoquetait, repue de diffas pantagruéliques. Et des viandes chaudes fumaient encore sur les brasiers, des entrailles pantelaient au soleil, le kouskous s’éparpillait sous le mufle des chiens.
Les enfants luisaient du miel des pâtisseries ; ils se mouvaient dans un essaim de mouches noires.
Dans la poussière ou sous les tentes, les femmes dansaient, endiablées.
On avait paré Mouni pour les noces, on l’avait parée merveilleusement des dons de l’époux prodigue. Elle était inerte et muette sous l’or, les brocarts, les diamants et les mousselines. Et nul ne s’inquiétait d’un reflet profond qui gîtait dans ses prunelles sous les longues paupières presque closes…
On vit venir la chamelle blanche aux confins de la plaine. Des chevaux se cabraient autour d’elle, de beaux chevaux écumants, blancs ou gris, la crinière teinte de henna, la croupe marquée d’une empreinte de la main fatidique.
On vit Ferhat sur un étalon emporté bondir dans le groupe des cavaliers. Les nègres qui conduisaient la chamelle se prosternèrent. Ferhat éventra le bassour, saisit Mouni, et son cheval ivre galopa vers les tentes…
Combien tu étais brisée par les sanglots secrets, par l’on ne sait quel sentiment complexe de vague espérance, de crainte et de volupté, par ton mutisme et l’inflexibilité qui t’environnait, ô Mouni !… Combien tu étais brisée cette nuit où, t’ayant attachée, pour prévenir ta résistance, on te livra à l’étranger…
Nul n’a connu ta pensée cette nuit-là. Nul n’a plus ouï ta plainte ni ta colère. Tes yeux plus noirs, tes lèvres plus hautaines ne livrent rien…