La caravane s’arrêta. Les dromadaires s’agenouillèrent dans le sable au bruit de leurs grognements sauvages achevés en râles soumis. Les tentes se posèrent encore et, près d’elles, les bassours ressemblèrent à des huttes pomponnées.

Ferhat-El-Hadj s’en alla dans l’oasis, chez le seigneur Amar ben Belkacem dont il devait être l’hôte.

Les palmes sèches et les racines de zeïta flambèrent. Accroupi dans son burnous brun, le M’zabi reprenait ses bavardages.

— Êtes-vous des hommes pieux ? Porterez-vous des offrandes aux zaouïas du pays de Touggourt ? Je sais un mokaddem entre tous. Il est redoutable et il a rendu des palmiers stériles en les regardant. Et c’est un mergoud (endormi). Son père l’ayant engendré mourut. Lui, dormit huit années dans le flanc de sa mère avant de vouloir connaître le jour. Ses ennemis disent qu’il est l’enfant du péché et que son vrai père est un Rouari[58], khammès du défunt. Je le crois plutôt fils d’un esprit. Echangez votre argent contre ses amulettes ; elles sont efficaces.

[58] Métis sédentaires de l’Oued-R’hir.

Le M’zabi se pencha comme pour tisonner le feu ; mais ses petits yeux, entre deux chameliers, observèrent rapidement la tente de Ferhat.

Il reprit sa position première.

— Je vous dirai ce que raconte au café maure un deïra[59] des Ziban. Les Arabes d’autrefois étaient des hommes et des femmes ; ceux d’aujourd’hui ne sont plus que des coqs et des poules…

[59] Cavalier de Bureau arabe ou de Commune mixte.

— Depuis que toi et tes frères vous êtes des Juifs, riposta un chamelier.