— Je brûle ton insulte au feu des djerid[60], répondit paisiblement le conteur en poussant une palme sèche dans les flammes. Mais vos grands-pères valaient plus que vous. Ils avaient de bons chevaux. Ils ont galopé jusqu’en Espagne et failli prendre la France. Un homme, plus fort avec sa hache que toute une armée, les a chassés. Le galop de la défaite est rapide. Quand les Français sont venus dans ce pays, il y avait un grand chef dans le Hodna, un chef musulman. Il portait un sabre long de trois mètres. Il se battait bien. Une nuit, blessé, il revint à sa tente, attacha sa jument au piquet et s’endormit. Une bataille se continuait dans la montagne. Au matin, la jument baissa la tête, creusa la terre avec son sabot et hennit de douleur. Le chef s’élança hors de la tente ; il s’écria : — « Nous sommes vaincus ! » — Et cela était la vérité. Depuis, il n’y a plus ni chefs ni victoires.

[60] Palmes.

Le M’zabi se pencha de nouveau et cette fois son regard saisit le signe d’une main de femme dépassant le bord sombre de la tente de Ferhat.

Il laissa passer quelques minutes, puis se leva, nonchalant et sérieux, pour rejoindre Rhadra sous le couvert des palmiers…


Plus tard, au seuil de sa hutte, Claude Hervis répond au salut du M’zabi et à sa demande :

— Veux-tu que je regarde tes « enfants d’argile » ?

— Entre. Il y a une bougie.

Semblables curiosités sont fréquentes et Claude ne s’inquiète pas de ses visiteurs.

Mais le M’zabi l’appelle, intrigué par une statuette de Noura en longue robe unie.