— Tais-toi, Mouni, tais-toi.
L’accent supplie pour que se taisent cette voix et ces mots d’ensorcellement.
Le sculpteur s’est assis, le front dans ses mains et la tête de Mouni roule sur ses genoux.
La petite amoureuse chante toujours.
— Je veux aller avec toi par les longs chemins, les plateaux dévorés par les sauterelles, les champs desséchés et les vergers pleins d’amandes. Mon âme qui me faisait tant de mal est claire et pure comme l’eau de la seguïa. Je l’élève jusqu’à ta bouche. Ne te détourne pas. Bois.
Il la repousse encore.
— Il ne faut plus délirer, Mouni. Tous ces mots fous ne peuvent rien être pour moi.
Dans cette nuit où tout paraît surnaturel, il ploie sous l’empire d’une force plus puissante que sa sensibilité même. Il obéit à un irrésistible « mektoub ». Il est calme et l’atmosphère lui semble suprême, dangereuse et triste où respire Mouni.
— Vous m’avez accusé, dit-il. Les épreuves advenues sont peut-être bien un peu votre ouvrage et Noura a été frappée qui ne le méritait pas. Vous lui avez menti longtemps, ô Mouni. Longtemps près de sa grande âme ouverte et tendre, avide seulement de votre bonheur, vous avez été une petite âme trouble qui dissimulait. Et vous cherchiez à ravir mon affection sans vous préoccuper de savoir si vous ne la voleriez pas à Noura.
Mais Mouni secoue la tête.