l’immémorial et paisible rêve

de ton peuple lent, le rêve très long

qui se continue au fond des tombeaux…

Ce jour-là, dans la cour, l’ombre du figuier et de la vigne, qui tant de fois avait caressé Lella Fatime et Mouni, était plus légère aux pensées de Noura Le Gall. L’influence du Mahdi guérissait la crise de désespérance. Elle concevait que tout n’était pas vain de ce qu’elle avait tenté, que ses épreuves mêmes seraient fécondes et concourraient mystiquement au bien de l’avenir. Elles seraient les sanglants sacrifices aux dieux mystérieux et jaloux qui défendaient le passé et veillaient sur les Enchantées figées dans leur magique sommeil…


Quelqu’un fut dans la cour, quelqu’un qu’elle n’attendait pas, qu’elle croyait ne jamais revoir ou pouvoir rencontrer dans l’indifférence et dont la présence multipliait les battements de ses artères.

Claude Hervis était debout devant elle, grave et mélancolique, le regard calme, assuré, sur tout son visage une expression décisive.

Il partageait à peine l’émotion qui étreignait Noura. Entre elle et lui, désormais, il sentait le fantôme vaporeux et doré de Mouni.

Il arrivait chargé d’un message cruel ; mais fort de ce message même offert en lugubre preuve pour dessiller les yeux de l’apôtre civilisatrice, pour la rendre juge des misérables résultats de la mission et lui dire : — « Je n’avais pas assez prévu quand j’affirmais que les oiseaux envolés reviendraient frémissants ou lassés vers leur cage. Je n’avais pas prévu ceux qui ne pourraient plus revenir, ayant ouvert des ailes trop grandes, impossibles à refermer, et qui mourraient précipités tôt où tard du haut de leur vol, broyés par les rocs de la terre quittée. »