Et Mouni depuis le départ s’émerveillait. Ses étonnements n’exigeaient jamais d’explications. Il lui suffisait de jouir. Elle ne demandait pas qu’on définît sa jouissance, une jouissance plus physique que morale. Son corps mince, qu’on voyait tressaillir et vibrer au moindre spectacle ou au moindre attouchement caressant, participait au plaisir, plus que son esprit. La douceur des Européens la ravissait, encore qu’elle les trouvât très curieux de sa personne.

Cette curiosité la rendait fière, d’ailleurs. Elle désirait constamment une main dans ses cheveux et des lèvres sur son visage.

Elle ressemblait à un précieux petit animal apprivoisé, une sorte de chat qui ronronnait avec volupté, mais qu’on prévoyait ne pas devoir abdiquer toute l’indépendance de son tempérament.

Les pèlerines d’Allah en l’église chrétienne, trébuchent contre les bancs pour voir les ex-votos envahissant les murailles. Elles ont des cris de gaîté pour tant de poupées, celluloïd ou porcelaine, qui révèlent le souhait des épouses stériles et la gratitude des maternités réalisées.

Devant l’autel de la Vierge africaine, noire, celles qui viennent pour la première fois murmurent :

— Eïhoua ![15] elle entendra notre langue.

[15] Interjection familière.

Elles déposent leurs offrandes ; d’odorants chapelets de fleur d’orange ; des roses artificielles comme en ont les prostituées maures et espagnoles à l’oreille ou dans le chignon ; et aussi des cierges longs, très minces, verts, jaunes ou rouges, tels ceux qu’on brûle aux tombeaux des saints merabtin ; et encore un morceau déchiré d’un foulard de soie et une cassolette d’argile pleine de braise et de benjoin. La fumée adoratrice voile le visage de la Vierge noire, la même fumée qui, dans les Koubbas, embaume les plis des étendards.

Alors, aux frôlements de leurs pieds nus, les femmes font sept fois le tour de l’autel, selon la formule des vœux.