Mouni, accroupie sur les dalles devant l’idole chrétienne, Mouni est saisie d’une mélancolie langoureuse… Peut-être est-ce à cause de ce jour de grand soleil qui finit, ou parce qu’un vent chaud trouble les feuillages de la colline et que le couchant est si rouge. Peut-être est-ce à cause du benjoin et de tant d’ors brillant sur la Vierge et sur l’autel…

Étrangement profane, le hasard met aux lèvres de l’enfant le murmure d’une chanson des Amourïat :

Sa ceinture est plus lourde que mon désir,

Sa ceinture riche des dons de l’amour…

Et j’ai dénoué sa ceinture…

Le trésor qui n’a pas de prix…

Mouni pleure des larmes savoureuses…

Claude Hervis poussa Mouni dans le salon où traînaient des écharpes, des voiles, des ceintures et des hennins dorés, des petites vestes turques, étincelantes.

Comme il eût arrangé un modèle, il enveloppa l’enfant d’une aérienne draperie. On ne vit plus la robe européenne et simple dont Noura avait habillé sa conquête. La natte défaite, les longs cheveux de Mouni s’éparpillèrent. La petite coiffure pointue s’inclina sur sa tête ; un voile caressa ses joues et ses pieds nus effleurèrent joyeusement le tapis.