— C’est à peu près ma pensée, reprit l’artiste. Pour la joie de nos yeux, laissez à la petite idole son manteau coloré. Vous ne prétendez pas supprimer si vite voiles et bernous pour réduire tout un peuple à notre laideur.

— … extérieure, intervint encore la voix du Mahdi.

Et l’Amie :

— Mouni ne s’y est pas trompée ; elle sait où se trouve la beauté.

Noura affirma tristement :

— Un maléfice se cache aux plis de la melahfa. Un charme hostile à notre sagesse rit dans le tintement des anneaux barbares. Ils ont repris ma tante. Ils ont été pour elle comme un poison annihilant le pouvoir de résistance. En laissant Mouni dans l’enveloppement perpétuel du charme, j’ai peur d’un subtil obstacle qui raillera mon effort, l’obligera à se faire plus long et plus énergique.

— Non, dit le Mahdi. Suivant le degré d’assimilation dont est susceptible le cerveau de Mouni, le charme perdra son efficacité. En supprimant ce charme si tôt, vous-même, vous risquez de provoquer un regret. Et si votre élève doit être un exemple qui attire d’autres sujets, il vaut mieux que sa civilisation revête au dehors la tunique primitive, que sa pensée française garde une âme musulmane. L’apprivoisement de ses sœurs sera plus facile.

— Très juste, approuve l’Amie. Et quant à votre tante, Noura, espérons que le charme n’a pas opéré profondément. Si oui, laissez agir la destinée.

Noura secouait sa tête volontaire.

— Je ne suis pas assez fataliste.