Noura conta l’histoire de Borneïa.
Aziza Dherif expliqua :
— On a tort de douter de toi ; mais il faut comprendre. On a peur de voir les enfants devenir tout à fait Français ou un peu chrétiens. Les souris sont tranquilles, elles ne craignent pas ta présence puisque tu as dit : — « Je suis votre amie. » — Mais une planche craque ; elles croient voir le chat derrière toi ; elles rentrent dans leurs trous : tu ne les revois plus.
Elles causèrent encore, à l’écart des rires et des déhanchements de Sadek.
— Tu sais que Fatma est restée quinze jours chez son mari, fit Aziza.
Noura s’étonnait, sachant l’aventure de Fatma. — Citadine, mariée à un homme des champs, quand celui-ci eut la prétention de mettre sous son toit deux co-épouses, elle déclara simplement qu’un fellah n’était qu’un taureau sauvage et qu’elle ne consentirait pas à la polygamie que les gens des villes commençaient à ne plus connaître.
Et Noura avait pensé :
— Sa jeune morale, inconsciemment évoluée, diffère de celle de ses philosophes grand’mères qui disaient : — « Pourquoi celle qui eut son temps d’amour avec son mari ou ses amants se courroucerait-elle de ce que son temps est passé pour eux et que le temps d’une autre est venu ? Elle ne répéterait pas le geste de cette vieille épouse heureuse qui, choisissant pour son propre époux la plus belle jeune fille de la cité, affirmait avec amour : — « Il est le meilleur ; elle est la plus belle ; elle ne devait appartenir qu’à lui. » —
Fatma mélancolique énonçait :
— Tous les hommes sont mauvais.