Un après-midi, la mère adoptive de Richa amena une nouvelle visiteuse.

— C’est ma sœur de Constantine. Son nom est Lella Guemara.

— Tu es la bienvenue dans mon cœur, prononça Noura avec la gravité islamique.

Elle baisait Lella Guemara de trois baisers sur la bouche.

Madame Le Gall survint. La mère de Richa s’écria :

— O Lella Fatime, voici ma sœur Guemara qui est de race noble et qui a la « connaissance des Ecritures » comme un taleb.

Avant la naissance de Guemara, sa mère, veuve et riche, épouse un prince réfugié à Constantine. Guemara était l’enfant de cette union et, pour ne point déroger en la maison de son père, avait épousé un cousin, noble aussi.

Elle laissa tomber sa ferachïa, le haïk de souple lainage blanc qui enveloppe les femmes de qualité, comme la m’lahïa bleue enveloppe les femmes de moindre condition. Elle apparut vêtue de velours violet sur quoi luisaient les bijoux que cisèlent les orfèvres juifs de Constantine. Elle s’incarnait dans une évocation d’un autre âge. Sa figure souveraine était celle d’une impératrice de Byzance. Ses mouvements avaient une ampleur orgueilleuse. Elle s’assit sur les coussins d’un divan très bas. Ses yeux calmes approuvaient les choses orientales qui se joignaient à l’ameublement confortable de la pièce ; les nattes fines, les tentures tissées par des mains bédouines, les aiguières de cuivre, les satins filigranés, les tables basses incrustées de nacre et les grandes amphores kabyles, inspirées de celles de Rhodes ou de Cnide, tandis que des poteries tunisiennes perpétuent la tradition des potiers puniques.

Elle sourit à Noura.

— Ta science et ta beauté sont deux sœurs jumelles.