— Ta beauté est plus grande et ton savoir égale le mien sans doute, répond la jeune fille.

— J’ai étudié sur la planche peinte des tolba[19] et je me souviens de ce que beaucoup ont oublié.

[19] Pluriel de taleb.

La mémoire de Noura confrontait Lella Guemara avec d’autres figures, des figures d’héroïnes anciennes.

La visiteuse parlait avec la calme autorité de ceux qu’on écoute. Elle dit la noble austérité de sa famille constantinoise et comment il avait fallu le mariage de Richa, pour qu’elle pût venir accompagnée de son mari et d’une servante.

Le mariage de Richa, la « petite plume !… »

— Oui, dit la mère adoptive, nous voici pour te l’apprendre. Richa épouse Saïd ben Hamzi.

— Ah ! fait la Mâlema, je ne la verrai plus.

Elle savait la sévérité des coutumes dans l’aristocratique famille des Hamzi ; et que les femmes y naissaient et y mouraient sans avoir franchi le seuil, excepté pour aller au bain, en voiture fermée, glaces dépolies, voilées de doubles haïks. Et ce jour-là le hammam était loué pour elles seules et le personnel composé de leurs domestiques. Même elles n’assistaient à aucune fête féminine dans les koubbas sacrées. Mais jamais elles ne se plaignaient de l’absolue réclusion, la trouvant digne de leur rang. Orgueilleuses, elles défendaient la vieille demeure contre la visite des Roumïas.

— Je ne la reverrai plus… Richa est jeune pour se marier.