Des invitées officielles ont pénétré dans l’atrium. Elles voudraient voir les yeux qu’on sent briller derrière le haïk des portes. Une main indiscrète soulève le rideau ; mais il est brusquement refermé et, sans formules, un gardien éloigne l’audacieuse qui n’a droit ni à l’amitié, ni à l’intimité du harem.
Dans les salles défendues, si nombreuses sont les musulmanes qu’elles s’entassent, confondant leurs brocarts et leurs parures dans une splendide débauche d’étoffes précieuses et de joyaux. Les bougies perdent leur fragile clarté parmi tant d’étincellements.
Lella Fatime est en costume indigène pour flatter ses hôtes. Noura porte une simple robe blanche et Mouni est différente de toutes les jeunes filles aux hennins pointus, de toutes les jeunes femmes coiffées de tiares assyriennes, les corps gaînés de gandourahs longues. Elle n’a qu’une tunique vert pâle et une mousseline soyeuse drapée à la manière du Sud, qui rappelle celle de la Grèce, agrafée aux épaules de fibules berbères, ceinturée d’une écharpe légère. Sous la coiffure basse aux foulards lamés d’argent, son visage doré sourit entre deux lourdes tresses brunes.
Il y a des bavardages puérils et des paroles véhémentes.
Une femme s’écrie :
— Vraiment, je me dispute avec mon mari. Je me disputerai longtemps et mon fils n’ira pas au collège comme son père le désire. Les hommes sont lâches ! Le mien veut cette chose pour flatter ses chefs. Vraiment, il les flatte pour obtenir ce qu’ils ont promis, un petit ruban comme celui que le cadhi met sur son burnous. Par Dieu ! mon fils n’ira pas avec les chrétiens pour apprendre l’ivrognerie et l’oubli de sa religion !
— Moi, avoue une autre, mon mari a tant crié et frappé que j’ai consenti, pour la paix.
Et la première dédaigneuse :
— Tu es de celles qui se laissent battre.
Une jeune fille babilla :