— Il passait sur le cheval de Bakir le M’zabi ; moi, je revenais du bain avec ma dada[23]. Elle n’a pas vu que je regardais, et j’ai su qu’il me voulait.
[23] Nourrice.
Noura intervient.
— Fille de la ruse ! Certes, c’est bien cette marchandise qu’Iblis vend le plus aux femmes. Toutes, vous êtes honnêtement voilées, mais quand un cavalier passe…
— Que dirons-nous de la ruse des chrétiennes ? riposte la malicieuse. Elles portent aussi des voiles ; mais pourquoi commettraient-elles le péché de les soulever au passage d’un amoureux ; les voiles sont transparents et les rendent plus jolies.
Et voici ce que content deux vieilles :
— Elle est divorcée. Son père l’a reprise chez lui parce que son mari la tuait avec le chagrin.
— La folle ! Tout est de sa faute. Quand même un chacal aurait dévoré son cœur elle devait appeler son mari avec une chanson. Elle devait savoir que les hommes aiment l’eau des fontaines et qu’ils haïssent celle qui coule des yeux d’une femme.
Elles se rapprochent d’une fenêtre à croisillons donnant sur le patio, écartent le rideau et regardent la foule européenne.
Noura les rejoint, fixe à son tour ses frères de race et de nom, rués à l’assaut du buffet.