Les musiciens se sont éloignés. On étend un épais tapis dans l’atrium. Des flambeaux brûlent aux quatre coins. Autour, en triple et quadruple rang se placent les femmes plus scintillantes que des idoles hindoues.
La mariée va venir. En cette dernière nuit de fête, elle quitte définitivement la maison paternelle pour celle de son époux.
Il est minuit…
On entend battre la porte de fer de l’entrée, repoussée contre le flot des curieux de la rue… Et voici la stridulation suraiguë du you-you d’allégresse, l’oscillation des flambeaux dans l’antichambre, la houle bruissante, tintante et rutilante des maîtresses de la maison accueillant leur future compagne…
Deux matrones portent un fantôme blanc, si strictement plié dans les haïks qu’on ne saurait préciser sa forme. Il est posé sur le tapis. Les yous-yous se taisent.
C’est fini… La mariée est arrivée.
… O lugubre petit corps sous la pure étoffe plaquée maintenant comme un suaire, petit corps frissonnant et raide, à cause de la volupté préconnue ou à cause de la terreur !… Es-tu la morte blanche que ne pourront plus émouvoir les bonheurs juvéniles ? Es-tu celle qui sortira de ses voiles avec le triomphant visage de l’amour heureux ou celle qui dans l’impuissance et l’horreur souffrira par toute sa chair condamnée ?…
Mais quel étrange souci que le nôtre, ô petite mariée ! Si tu devines ce souci souris sous ton suaire. Souris car tu n’es pas une victime, car tu ignores les raffinements nébuleux de nos sentimentalités et tu ne seras jamais une incomprise, ô petite animale, gourmande des plaisirs de l’instinct !…
Pourtant Noura souffrait et souhaitait pleurer sur Richa…