Et, montrant le tatouage de sœur Cécile, la petite croix sarrasine entre les deux sourcils, il ajouta :
— Que la guérison me vienne de ta main, à cause du signe de ton front ; car tu es marquée.
Sœur Bénigne apparut par hasard. Désignant la vieille religieuse, le blessé loquace dit encore à sœur Cécile :
— Toi qui es marquée, tu n’es pas de la moelle de celle-ci et tu marches à son côté gauche.
Secouée d’une brusque superstition atavique, la novice toucha son chapelet. Elle entendait ces mots comme un mauvais présage ainsi que le conçoivent les indigènes. Le côté gauche s’appelle aussi le côté sauvage, celui de la solitude, celui où marchent les égarés, les réprouvés, les maudits.
D’un effort, elle s’approcha de l’homme et rapide, en arabe, l’interrogea sur sa blessure.
— Elle appartient à l’amour, répondit-il hardiment. Je me suis battu pour ma maîtresse qui n’est pas belle comme toi.
— O possédé ! tais-toi ou va-t-en ! cria sœur Bénigne, qui comprenait suffisamment les dialectes du pays.
Le blessé fit un mouvement de retraite. Sœur Cécile le retint.
— Ma sœur, ma sœur que faites-vous de ce bavard malhonnête ?