L’intonation, plus encore que le mot bref, témoigne nettement d’une parfaite indifférence. Le règne de la supérieure est aboli dans son cœur. Je l’attaque sur un autre terrain :
— Le Père André vous eût été d’un bon conseil et d’un grand secours.
— Il est mort.
Elle jette cela les yeux clos, avec le même visage de volupté qu’elle avait tout à l’heure en buvant son café. Un instant, j’éprouve le vertige d’entrevoir un abîme qui est l’âme de Mâadith, ou de sœur Cécile, ou de leur double et nouvelle incarnation, la cousine de Kralouk et de Louinissa. Évidemment, la convertie garde rancune à l’aumônier des doutes qu’il nourrissait. D’une voix unie, elle ajoute :
— Il est mort pendant que je m’occupais encore du dispensaire, quelques mois avant l’époque où je devais prononcer mes vœux définitifs. La laïcisation survenue, empêcha cet aboutissement de ma conversion. En ce moment, je gagne ma vie par des leçons de broderie aux filles des riches musulmans. Je suis aussi appelée parfois comme garde-malade, la nuit.
Je la devine pleine de restrictions et du désir de se raconter davantage.
— Je reviendrai vous voir, sœur Cécile, à moins que vous préfériez affronter mon hôtel.
— Demain, si vous le permettez.
— Je vous attendrai. — Et, en arabe : — Louinissa, s’il te plaît d’accompagner Mâadith, tu seras la bienvenue.
La femme de Kralouk est sensible à l’attention, mais elle répond négativement :