Elle fut coquette, pressentant que ce soir elle obtiendrait tout de cet homme dominé à son tour par les sentiments qu’elle lui inspirait :

— Qu’a répondu ce noble djïied, ô mon cousin ?

— Il a gardé le silence.

Louinissa s’élança, se coula près de Mâadith. Elle l’étreignit et ses lèvres subitement décolorées chuchotèrent à l’oreille de la petite danseuse :

— Je te supplie, quant à El Mensi, ne demande plus rien. Cela est une chose finie, finie, finie.

Et dans ce temps, Louinissa la très bonne eut un chagrin et pleura sur sa jeunesse envolée. Elle pleura sans jalousie et elle alla au tombeau de monseigneur Abderrahman brûler sept cierges verts pour s’exorciser de son chagrin.

Et dans ce temps, Mâadith devint plus belle encore et semblable à une grenade mûre ouverte au soleil.

Et l’inspiration de Kralouk était à ce point nombreuse et surnaturelle que les gens se passionnaient pour lui comme pour un prophète. Il aurait pu commettre un crime ; toute la ville serait intervenue pour le disculper et des têtes se seraient offertes pour remplacer la sienne sur l’échafaud. Il pouvait devenir riche, car la générosité des gens à son égard était inouïe ; mais il restait dédaigneux et faisait largement l’aumône.

Et dans ce temps, Louinissa et Mâadith rencontrèrent la vieille Hadjira.

— O les chèvres sauvages, quelle sorcellerie vous tient éloignées de la maison ? Le harem tout entier se plaint d’avoir perdu la lumière et la fraîcheur avec tes yeux et ta bouche, ô la petite beauté !