Paris, le 1er octobre.

Nous venons d’avoir une grande dispute avec Pierre. Dans le petit jardin de la maison où nous habitons, il y a dans le milieu une pelouse qui est bordée d’un rang de buis et d’une allée de gravier et au milieu du gazon on voit des corbeilles de pierre vides pour l’instant, mais qui devaient contenir des fleurs autrefois. Naturellement Pierre a aligné ces corbeilles pour représenter la ligne de front et les tranchées. Ce matin il était, je pense, de très mauvaise humeur parce que maman n’avait pas voulu que nous allions au musée de l’Armée; elle était appelée à la légation de Belgique et ne voulait pas que nous sortions tous les trois seuls. La maman de Pierre avait été dans un hôpital voir un camarade de son mari blessé.

Tout à coup Pierre dit:

«Avec ça ce n’est pas la peine de faire des tranchées, ce seront les villes de Belgique au moment où les Boches sont entrés. Voilà Louvain, Liége, Namur, Bruxelles, Anvers.

—Pourquoi cela? C’est bien plus amusant de représenter la bataille de la Marne.

—Non, avec ces corbeilles on va faire le siège des villes.

—Je ne veux pas que tu fasses le siège des villes de Belgique; d’abord Anvers n’est pas assiégé.

NOUS NOUS SOMMES QUERELLÉS AVEC PIERRE
DANS LE JARDIN DE NOTRE MAISON.