—Une lettre de Désiré.

—Oh! lis-la cette lettre!»

Pendant que nous entourions maman, Phœbus en avait profité pour s’étendre sur un grand canapé de velours vert sur lequel maman lui défend toujours de grimper. Je suis bien sûre que Pierre l’avait un peu aidé, car avec sa jambe de bois, il ne pouvait pas le faire tout seul.

Alors j’ai raconté la visite de Mlle Suzanne et maman paraissait bien surprise et émue, cela j’en suis sûre.

«Mais, ma petite Noémie, ce journal était pour nous seuls, il ne peut pas intéresser des Français.

—Oh! bien sûr que si, madame, répondit Pierre, c’est justement parce que c’est supérieurement intéressant pour des petits Français qu’on a demandé le journal de Noémie. Elle raconte toutes les aventures qui lui sont arrivées depuis l’entrée des Allemands en Belgique et comment vous avez fui. Je vous assure, donnez-le.

—Et bien! j’irai voir le directeur du Journal des Enfants et nous verrons. Maintenant je vais vous lire la lettre de Désiré qui, après avoir été blessé, est retourné se battre et a assisté à la bataille d’Aerschot.»

Maman nous la lut, cette lettre, à haute voix, et moi je la copie.

«Mes chers parents, mes chères petites sœurs,

«Je vous dis d’abord que je suis en bonne santé et c’est bien étonnant, car, vous savez, c’est quelque chose d’infernal, d’affreux et d’incroyable qu’une bataille! Du reste on ne se rend compte de rien si ce n’est de vouloir tirer le plus de coups possible sur l’ennemi et de se protéger autant qu’on peut. Vous savez que je suis caporal et que j’ai reçu la médaille de Léopold. Mais je vais vous dire ce qu’a fait mon régiment qui s’est déjà distingué à Liége.