MAMAN ET TANTINE BERTHE PLEURAIENT EN PARLANT
DE LOUVAIN.
«C’était autour d’Aerschot où l’on se battait depuis quatre jours. L’ennemi avait été repoussé; mais, de nouveaux renforts étant arrivés, et deux avions ennemis volant très bas ayant pu repérer nos positions, il reprit l’offensive. Mon régiment et un autre qui était déjà à Liége, ont tenu pendant deux heures en échec des forces allemandes dix fois supérieures et leur ont infligé des pertes colossales, comme ils disent.
«A sept heures du soir pourtant, le commandant Gilson, qui commandait ma troupe, donna l’ordre de la retraite. Ah! je vous assure que c’est dur de n’y pas rester. En opérant cette retraite, le commandant Gilson eut le nez brisé par une balle. On le pansa sommairement et il resta avec nous, maintenant l’ennemi en respect et lui prouvant ce que peuvent faire des Belges. Mais avec de tels chefs, où n’irait-on pas? Nous nous sommes repliés sur Gand, où nous sommes pour l’instant et d’où je vous écris. Je suis bien anxieux en songeant à vous tous, je voudrais savoir où vous êtes, car je ne doute pas que vous ne soyez partis de Louvain.
JE PRÉSENTAI PIERRE A TANTINE BERTHE.
«Pauvre papa! comment aura-t-il quitté sa maison et sa bibliothèque? Les bruits les plus contraires circulent: on dit que les Allemands ont brûlé Louvain et qu’ils marchent sur Paris, et, d’un autre côté, on assure que les Allemands commencent à mourir de faim et que les soldats ne désirent que se rendre. J’ai appris que le fils de M. Boonen a eu un bras emporté et que son père l’a vu à Anvers où il est soigné. Où est Phœbus? Il a peut-être été tué! Je termine ma lettre, mes chers parents, en vous embrassant bien tendrement comme je vous aime.—Désiré.»
Paris, le 3 octobre.