Malgré le joli petit jardin de la maison, maman veut que nous sortions un peu. Pierre nous accompagne et il nous fait ainsi visiter «son beau Paris» comme il dit. C’est vrai, Paris est superbe et rien ne nous amuse autant que de suivre les quais le long de la Seine. Ce qui est le plus drôle, c’est de regarder des chiens qui se jettent dans l’eau pour rapporter un morceau de bois que leur lance leur maître. Ce pauvre Phœbus, c’est ça qui l’amuserait! Mais maintenant, avec sa jambe de bois, il ne pourrait plus nager. Heureusement nous le laissons à la maison pour qu’il n’ait pas de chagrin en voyant les distractions de ses camarades.

Les Champs-Élysées sont aussi magnifiques. Pierre dit que lorsque la guerre sera finie, les soldats passeront sous l’Arc de triomphe, descendront toute l’avenue, avec le général Joffre en tête.

«Tu verras comme ce sera beau, me dit Pierre.

—Mais je ne le verrai pas, je serai à Louvain.»

Pierre se tut un moment.

«Si, tu seras ici, parce que tous les généraux alliés viendront avec Joffre à Paris, pour célébrer la grande victoire; alors les Belges comme toi seront ici.

—Pourquoi les Belges comme moi?

—Parce que c’est vous qui avez le plus souffert, et qu’il est donc naturel que vous soyez ici au moment des réjouissances.»

Je pensais que Pierre avait une bien gentille idée et que les Français sont tout à fait bons. Mais pourquoi disent-ils, quelquefois, des choses qu’ils ne pensent pas, comme fait Pierre lorsque nous nous querellons et qu’il me taquine?

Maman voulait aller au Journal des Enfants aujourd’hui, mais nous avons reçu une carte du sergent Vandenbroucque qui nous a terriblement étonnées et inquiétées. Il dit à maman: «J’ai eu des nouvelles de votre fille Madeleine et de votre mari. Ce dernier vous envoie sa fille et «tante Berthe», car il compte rester en Belgique. C’est tout ce que je sais.» Maman s’est mise à pleurer en disant: «Votre papa! s’il reste, c’est horrible». Mais je lui ai dit: