Mais ce fut bien autre chose quand Pierre revint de l’école. Nous l’attendions à la porte et nous voulions toutes à la fois lui parler.

«Taisez-vous, et dites posément ce qu’il y a de nouveau.

—Oh! oh! posément, s’écria Marie, qui taquine toujours Pierre quand il veut parler comme un homme, on dirait que tu es un Poilu.

—Eh bien, oui, je dis posément, car si je ne suis pas encore un vrai Poilu, je ne suis pas comme les petites filles qui ont la déplorable habitude de parler toutes à la fois; on ne comprend pas un mot de ce qu’elles disent.

—Eh bien! une lettre de... avons-nous commencé toutes ensemble.

—De ton père...» interrompit Pierre d’une voix émue.

Comme c’était gentil à lui de penser que toute cette agitation ne pouvait venir que d’avoir reçu des nouvelles de papa!

«Non, mais d’une petite Parisienne qui écrit à Noémie Hollemechette pour lui proposer de l’aider dans son malheur. Tiens, voilà la lettre, lis-la.

—Je trouve que c’est très bien, cette lettre, et c’est tout à fait une lettre de Parisienne. Les provinciales comme vous n’auraient jamais eu l’idée de l’écrire.

—Les provinciales comme nous! Mais, tu sais... et toi, d’où es-tu donc?—Moi, je ne suis ni Parisien ni provincial, je suis militaire, et encore mieux, artilleur, c’est-à-dire épatant