PIERRE PAYE A BOIRE AUX SOLDATS BLESSÉS.
«Vous avez su par les journaux comment Anvers a été évacué par notre armée. Plus de 20 000 habitants sont partis et sont allés en Hollande, ou en Angleterre. Aussitôt après le départ de l’armée, des notables se sont réunis pour décider de constituer un comité afin de défendre les intérêts des habitants. Ce comité était formé par différents hommes dévoués dont était notre cher papa. Le commandant allemand de la place, siège à l’Hôtel de Ville, là même où j’ai fait mes adieux à papa. Le bourgmestre et le comité ne quittent pas l’Hôtel de Ville. Il paraît que les Boches ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour retenir et ramener les Anversois qui fuyaient, en leur promettant la sécurité la plus entière. Mais vous pensez s’ils se fient à la parole allemande! A la gare de Mescel, il y avait un train où se trouvaient plus de 80 Belges, âgés de dix-huit ans à trente ans, qui se dirigeaient sur la Hollande. Ils ont été arrêtés par les Allemands et gardés sous un hangar par des soldats, baïonnette au canon. Il paraît même que le bourgmestre, M. Devos, a été emmené comme otage quand la ville a été imposée de la somme de 50 millions. Défense de circuler dans la ville après huit heures du soir, et une lumière doit être allumée toute la nuit dans chaque maison. Mais, à part cela, M. Boonen m’assure que les civils ne sont pas maltraités par l’ennemi, surtout si l’on montre de la fermeté.
«Maintenant pour vous faire plaisir, je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée il y a huit jours. J’étais avec un camarade en automobile, revenant de Dixmude pour me rendre à Roulers où nous cantonnons pour l’instant. Tout à coup, il était environ huit heures du soir, nous apercevons un groupe suspect sur la route.
«Attends un peu, dis-je à mon camarade, fais attention, je descends.»
Ma carabine à la main, je cherche à reconnaître à qui j’ai affaire. C’était onze éclaireurs allemands qui consultaient une carte à proximité d’un carrefour. Pan! pan! Deux coups de fusil, voici deux éclaireurs dont le chef qui roulent sur la route. Je crie alors:
«Rendez-vous, jetez vos cartouches et vos fusils, venez par ici, un régiment nous suit!»
«Les neuf Boches qui restent ne se le font pas dire deux fois. Ils donnent leurs armes et je les empile sur l’auto. Mon camarade disait en se frottant les mains.
«Bigre! bigre! mes pneus vont éclater avec ces gros pleins de saucisses!
«—Bah! dis-je, dépêche-toi un peu afin d’être à Roulers avant la nuit.»