«Nous sommes entrés dans la petite ville où campent des dragons français qui nous firent une petite ovation, je ne vous dis que ça. Notre cœur en était tout réchauffé. Je vous raconte cette histoire, non pour me vanter, car tout soldat aurait agi comme moi, mais pour vous montrer que nous leur en faisons voir aussi aux Allemands. Si vous aviez vu la tête des Boches lorsque nous avons démarré et lorsqu’ils se sont trouvés avec les dragons français! C’était tordant!
«M. Boonen m’a dit qu’il avait un moyen sûr de faire parvenir vos lettres à papa. Alors, envoyez-les-moi, mais par prudence ne dites absolument rien, ne parlez que de votre santé. A part cela, racontez tout ce que vous voudrez!
«Votre fils, Désiré.»
A peine maman avait-elle fini de lire cette lettre que Pierre cria:
«Mais c’est épatant, ce qu’a fait Désiré! Il faudra qu’il soit décoré de la Légion d’honneur!
—Oui, dit Tantine, Désiré est un vaillant garçon. Il trouve moyen de plaisanter et de nous faire rire. C’est un brave Belge!»
Tantine devait se dire:
«J’ai toujours eu raison de l’aimer, ce garçon; il est courageux, il est bon, il est loyal. Il ressemble à son père et il agira toujours avec droiture dans la vie.»
5 juillet 1915.
Je reprends mon Journal après bien des mois d’interruption, Oh! je n’ai pas cessé de mettre des notes chaque semaine sur mon cahier pour ne pas oublier ce que nous avons fait durant ce long hiver, mais comme notre vie se passait seulement en travail, en promenades et surtout dans l’attente de nouvelles de papa, le récit n’en pouvait pas être intéressant.